#9 Victoria… Retour en France


Nous quittons Pucón pleins d’ardeur, sur une route lisse et vallonnée où les jambes retrouvent avec joie le rythme familier du pédalage. Nous longeons le lac Villarica jusqu’à la ville éponyme. Un choix s’offre à nous : emprunter la Ruta 5 ou continuer notre chemin sur les petites routes de campagnes. La première option est une section de la Panaméricaine parcourant le chili du Nord au Sud sur laquelle sont « tolérés » les vélos, la seconde offre un tracé en fil de fer entre monts et collines. Nous faisons le choix d’emprunter les petite voies dénommées « S-… » sur la carte, synonyme de ripio, à la découverte de la campagne chilienne et de ses champs : ici peu de voitures, des habitations éparses. Nous retrouvons le bonheur du bivouac, laissé de côté depuis quelques jours. Une rivière pour se désaltérer et se laver, une tente pour s’abriter, un réchaud pour se sustenter : que souhaiter de mieux ? 

Nous retrouvons le lendemain quelques airs de la Carretera Austral et ses folles ascensions dans le ripio, où l’adhérence exige un subtil pilotage. Hélas cette fois-ci ce n’est pas pour atteindre lagunes et glaciers : nous suivons un front de déforestation et sommes les témoins de forêts déchirées pour l’exploitation des terres fertiles. Plus loin, un groupe de personnes fait bloc sur la route pour empêcher la progression de ces camions transportant les longs troncs arrachés au sol. Alors que nous souhaitions pour ce deuxième soir camper près de la Laguna Quepe, des locaux nous avertissent que les Guarda-Parque ont fermé son accès à la suite de la crise sanitaire. Or c’est l’unique route possible, sinon détour de plus de 100 kilomètres pour revenir sur la Ruta 5…

Nous décidons de tenter notre chance le lendemain en passant de bon matin devant le poste des Guarda-Parque pour traverser un petit bout du Parque Nacional Conguilio. Frontale et dynamos apprêtées, nous partons de nuit pour poursuivre l’ascension pendant quelques kilomètres : 6h43, la barrière est déserte, le garde ronfle encore ! La nuit joue avec nous, elle nous donne à découvrir les virages et le terrain quelques mètres en amont. De bonnes pentes nous font parfois poser le pied à terre pour stopper la chute du vélo chargé dérapant dans les cailloux… Le ciel s’éclaircit peu à peu, et nous voyons se détacher les élégantes silhouettes d’araucarias. Le soleil se joint à la partie ; il apparait devant nous et appelle à son tour le volcan Llaima à sortir son cône des nuages, un spectacle éphémère en récompense de notre passage furtif.

La descente est très raide et les nids de poule (ou plutôt d’autruche) matraquent le matériel, c’est à nouveaux l’occasion de mettre à l’épreuve nos talents en VTT pour tracer la meilleure ligne, pas facile de freiner avec l’humidité et le froid qui rentrent dans les vêtements : freiner c’est tricher comme disent les meilleurs ! Le profil devient plus raisonnable aux abords de la rivière où nous prenons un petit-déjeuner bien mérité. Nous approchons de Curacautin, une petite ville où un accès internet nous permet de nous actualiser après ces deux jours et demi de vadrouille. Nos voisins en Bolivie et en Argentine sont désormais en confinement total malgré un faible nombre de cas. Celui-ci ne cesse d’augmenter au Chili ; nous apprenons la mise en place à partir de ce jour d’un couvre-feu national de 22h à 5h et de douanes sanitaires contrôlées par l’armée pour limiter la propagation entre les régions : il devient compliqué de se déplacer, nos rencontres de projets pour les jours à venir étant déjà compromises par les quarantaines partielles. Nous sommes le 22 mars, à 650 kilomètres de Santiago, et l’ambassade a réussi à organiser des vols de rapatriement jusqu’au 26 mars. 52 kilomètres d’asphalte nous séparent de Victoria, prochaine ville située sur l’axe de la Ruta 5 ; il nous faut nous y rendre et prendre une décision ce soir. Entre les chiens qui décident de nous poursuivre à toute allure pour tâter du mollet et la fumée d’immenses incendies qui envahit la route alors que nous approchons de Victoria, ces derniers kilomètres ne seront pas de tout repos : nous arrivons en ville dans une ambiance d’apocalyspe, des rues désertes qui résonnent sous les sirènes et turbines d’hélicoptères.

Le titre de l’article l’aura déjà annoncé… Nous avons fait le difficile choix de rentrer en France, tant que cela nous était possible avant l’interdiction des vols internationaux au Chili le 2 avril. Bien que des mesures de prévention aient été prises dans les pays d’Amérique Latine avec beaucoup plus d’anticipation qu’en France, nous rentrons face à l’ignorance et notre manque total de visibilité quant à la propagation du Covid-19 et ses conséquences sur le continent dans les prochains mois. Nous sommes parvenus à rejoindre Santiago en bus le 23 mars malgré les contrôles, puis après deux jours à démonter et emballer le matériel avec les moyens du bord nous nous sommes envolés hier après-midi, le jeudi 26 mars. Cet article, nous l’écrivons de l’aéroport de Madrid, quelques heures avant de fouler à nouveau le sol français et rejoindre chacun notre famille en confinement.

Merci à tous ceux qui nous ont suivi et chaudement encouragés ces dernières semaines, nous sommes heureux d’avoir pu partager quelques fragments de voyage avec vous durant ces 2775 kilomètres de vélo depuis Punta Arenas, notre point de départ !

Malgré plusieurs mois à planifier la rencontre de projets, développer les axes de nos reportages et coordonner les interviews des intervenants, nous n’aurons pas l’opportunité de vous faire découvrir ces initiatives par cette expédition… Pour autant c’est une ville nommée « Victoire » qui clôt le premier chapitre de Cycles Vertueux : nous n’avons pas dit notre dernier mot, quelques coups de polish bien mérités sur nos montures et nous repartons à l’aventure !

Tim & Mag

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